Dans un marché du bio en pleine mutation, Carrefour a su se positionner comme un acteur incontournable grâce à ses enseignes spécialisées So.bio et Bio c’Bon. Acquises respectivement en 2018 et 2020, ces deux réseaux complémentaires permettent au géant de la distribution de couvrir à la fois les centres-villes et les zones périurbaines, tout en répondant aux attentes croissantes des consommateurs en matière d’alimentation saine et locale. Avec une croissance soutenue (+9 % en 2025) et un développement accéléré en franchise, Carrefour affiche des ambitions claires : devenir le leader du bio spécialisé en France. Cet article explore la stratégie du groupe, les synergies entre ses enseignes et les défis à relever dans un secteur en pleine restructuration.
1. La construction d’un pôle bio spécialisé sous l’égide de Carrefour
L’acquisition de So.bio et Bio c’Bon : un tournant stratégique
En 2018, Carrefour rachète So.bio, une enseigne régionale ancrée dans le Sud-Ouest, avant de se porter acquéreur de Bio c’Bon en 2020, alors en difficulté financière. Ces deux rachats permettent au groupe de structurer un pôle bio spécialisé distinct de ses rayons traditionnels, avec des filières d’approvisionnement dédiées et une gestion autonome.
Une différenciation claire entre enseignes
- So.bio : Positionnée en périphérie, cette enseigne mise sur des moyennes surfaces (350 à 500 m²) avec un large assortiment (12 000 à 15 000 références), incluant des rayons boucherie, fromagerie et produits frais locaux.
- Bio c’Bon : Spécialisée dans les centres-villes, elle propose un format plus compact (150 à 250 m²) et une offre adaptée aux habitudes de proximité, avec une forte présence de snacking bio et de produits d’appel.
Cette segmentation permet à Carrefour de toucher des clientèles différentes tout en évitant les cannibalisations entre ses propres magasins.
2. Une croissance dynamique malgré un marché en tension
Des performances solides en 2025
En 2025, So.bio et Bio c’Bon affichent une croissance de près de 9 %, tirée par le retour des clients et l’augmentation du panier moyen (15 € pour Bio c’Bon, 45 € pour So.bio). Cette dynamique s’explique par :
- La rationalisation du réseau (passage de 103 à 70 magasins pour Bio c’Bon).
- Le développement en franchise, qui représente désormais 20 points de vente pour So.bio.
- L’accent mis sur les produits locaux, qui représentent 11 à 12 % de l’assortiment.
Le défi des pénuries et du soutien public
Benoît Soury, directeur du pôle bio de Carrefour, alerte cependant sur les risques de pénuries (porc bio, lait de chèvre) et sur la réduction des subventions publiques, avec un budget du Fonds Avenir Bio en baisse (de 18 à 10 millions d’euros).
3. Innovations et engagement pour une bio accessible
Une offre localisée et responsable
Les deux enseignes misent sur :
- Des filières courtes (approvisionnement dans un rayon de 100 km).
- Des partenariats avec 1 700 producteurs.
- Le test de la consigne dans 5 magasins, en collaboration avec des acteurs comme Rebooteille et L’Incassable.
Des services de proximité pour fidéliser
Bio c’Bon renforce son ancrage local avec des initiatives comme :
- Le plant-sitting (garde de plantes).
- Des paniers surprises avec recettes.
- Un programme de fidélité offrant 3 % de remise immédiate.
Carrefour a réussi, en quelques années, à bâtir un écosystème bio performant grâce à So.bio et Bio c’Bon. En combinant spécialisation, localisation et innovation, le groupe répond aux attentes des consommateurs tout en se différenciant de la concurrence. Cependant, les défis restent nombreux : pénuries potentielles, baisse des aides publiques et concurrence accrue des labels volontaires. Pour maintenir sa croissance, Carrefour devra continuer à investir dans les filières françaises, optimiser sa logistique et renforcer l’attractivité prix de ses enseignes.
À l’heure où le bio traverse une phase de maturation, la stratégie de Carrefour démontre qu’une approche professionnelle, engagée et proche des territoires reste la clé pour conquérir un marché en pleine évolution. Avec près de 90 magasins So.bio prévus en 2025 et une offre de plus en plus localisée, le groupe confirme sa volonté de rendre le bio accessible à tous, sans compromis sur la qualité.